La famille de
Vortigern
Vortigern
Vorteneu (W. Gwrtheyrn Gwrtheneu) est le roi britannique qui s’est rendu tristement
célèbre en permettant aux Jutes et aux Anglo-Saxons d’envahir son pays après
les avoir employés à la défense de ses rivages. L’histoire de ce souverain
suscite de nombreuses discussions parmi les historiens de l’époque arthurienne.
Le
nom de Vortigern a été considéré comme un titre, Gwrth-teyrn signifiant
littéralement « le Plus grand Prince » ou plus encore le « Très
grand Roi ». Bien que des noms similaires aient été attribués à d’autres
monarques [1]
et que l’addition d’une épithète à un titre [2] s’avère fréquente le terme
« Très grand Roi » décrit très précisément la position de Vortigern
dans la société britannique. Il existe aussi une autre source pour étayer cette
théorie. Vertigernus est le qualificatif utilisé par Bède dans sa
"Chronica Majora" (725), même si ses informations de base proviennent
de Gildas qui, de son côté n’emploie dans son ouvrage intitulé "De Excidio
Britanniæ" que le terme 'Superbo Tyranno' (Tyran Suprême) (c.545). Le titre Gwrtheyrn semble avoir été largement
utilisé au Pays de Galles et s’être répandu, via la version de Bède, anglicisé en Vortigern à travers les parties saxonne et britannique de l’Ile. Dans son "Historia
Brittonum" (c.830), Nennius rapporte « qu’il s’est passé douze ans entre
le règne de Vortigern et la dispute opposant Guitolinus à Ambrosius ».
Mais s’agit –il de douze ans à partir du début du règne de Vortigern ou de
douze ans après la fin de son règne ? Le lecteur moderne pencherait immédiatement pour la seconde
possibilité mais il apparaît qu’au 9ème siècle, les lecteurs
pensaient différemment. Ce n’est pas avant la douzième année du règne de
Vortigern qu’éclata la discorde entre Guidolinus et Ambrosius. Nennius précise
(et on accepte généralement cette assertion) qu’Ambrosius a été le principal
adversaire de Vortigern. Il serait alors logique de considérer que Guidolinus
(L. Vitalinus) est le vrai nom de Vortigern. De plus, Guitaul (L. Vitalis) et
Guitolin (L. Vitalinus) sont respectivement considérés par Nennius et le
Manuscrit MS 20 de Jesus College [3] comme le père et le grand père de Vortigern.
John Morris a suggéré que la mention « Vortigern fils de Vitalis fils de
Vitalinus » serait en fait transcription erronée et qu’on aurait du lire
« Vortigern qui est Vitalinus fils de Vitalis ».
Investi
du titre de Grand Roi, Vortigern s’est accaparé le pouvoir sur toute l’Ile de
Grande Bretagne, établissant un système de places fortes à travers le pays
s’étendant au moins de Caer-Ligualid (Carlisle)[5] à Caer-Baddan (Bath)[6]. Bien
que les seuls vestiges parvenus se situent dans l’Ouest, le souvenir des
forteresses de l’Est a certainement du être effacé par l’invasion saxonne.
Vortigern est cependant aussi considéré par Nennius comme administrateur du
Regio Guunnessi (Gwent[7]). Il s’agissait de son royaume d’origine,
celui qu’il avait du recevoir en héritage de sa première femme Severa [8],
présumée descendre par sa mère des légendaires rois de Silurie[9]. Sa
propre famille semblerait être originaire des environs de Caer-Gloiu (E.
Gloucester) qui selon Nennius a tiré son nom de Gloiu, celui de son grand-père
(bien que le contraire ait été plus vraisemblable).
Nennius
fait mention de quatre fils qui auraient pu hériter du royaume de
Vortigern :
Guorthemir
(E. Vortimer/W. Gwerthefyr), Categirn (W. Cadeyrn), Pascent (W. Pasgen) et Faustus né d’une relation incestueuse avec
une de ses filles. Nous savons toutefois par d’autres sources qu’il y a eu
d’autres fils dont Brydw et St Edeyrn de Llanedeyrn ainsi qu’une fille possible
du nom de Scothnoe.
Jason
Godesky a suggéré dans « The Vortigern Dynasty" qu’une partie
de l’histoire de Vortigern concernait en fait son fils aîné Vortimer. Ce nom
doit selon lui être interprété comme un titre dont se voit notamment affubler
Brydw, un autre fils de Vortigern avant qu’il n’hérite du qualificatif de son
père. Ceci conduit l’historien à penser que ce second Vortigern est en fait
celui qui a traiteusement épousé la jute Rhonwen. Vortimer ne peut cependant
pas être confondu avec Gwerthefyr, le nom gallois que Gildas emploie pour caractériser
le roi tyrannique de Dyfed[11]. Par ailleurs, Vortimer n’a pas pu épouser
Rhonwen. Dépeint comme profondément anti-germanique, il a été empoisonné par celle-ci
[12]
et elle a menacé son père d’indiquer où le corps avait été dissimulé [13]. Ce
fait exclut que Vortimer ait été le successeur de Vortigern. Vortimer a en
réalité été enterré à Caer-Reputi (E. Richborough) sous l’Arc Triomphal romain,
pour servir de talisman afin de maintenir les Saxons à l’écart [14]. Mais les envahisseurs ayant
découvert la tombe ont exhumé le corps pour le ré-ensevelir à Caer-Lundein
(E. London)[15].
De
la même manière, Vortimer ne peut être confondu avec Brydw. Ce dernier est
certainement un jeune frère mentionné dans le manuscrit Harleian MS 3859[16]
comme étant le chef d’une obscure famille princière règnant sur un
territoire inconnu qui pourrait être Maelienydd et Elfael ou le Powys extérieur ;
tandis que Vortimer, le fils aîné de Vortigern gouvernait (durant le règne de
son père) les terres héritées de la dynastie des Vorteneu dans le Gwent.
Celles-ci doivent correspondre au Gwerthefuriwg mentionné dans le Livre de
Llandaff dont ont ensuite hérité sa fille unique Ste Madrun et son époux Ynyr
Gwent[17]
(un prince aux origines controversées qui devait être un cousin ou un
membre de la famille de Magnus Maximus[18]).
Cadeyrn,
le second fils de Vortigern occupait des fonctions dans la vaste région que
Vortigern semble avoir considéré comme la base géographique de son
pouvoir : le Powys (certainement plus étendu que le Powys actuel avec pour
capitale Caer-Guricon (E. Wroxeter). Les Rois de Powys affirmaient dans leurs
généalogies descendre de Cadeyrn comme il apparaît dans les manuscrits Harleian
MS 3859 et Jesus College MS 20. Bien que l’inscription généalogique figurant
sur la croix d’"Eliseg's Pillar"[19] retraçant au 9ème
siècle la lignée royale de Powys ne le mentionne pas, référence est toutefois
faite à ses frères Pasgen et Brydw. L’inscription « Britu, d’autre part,
(était) le fils de Guorthigirn que Germanus avait béni »… suppose que les
autres fils de Vortigern avaient déjà été mentionnés dans une autre section
aujourd’hui perdue et qu’ils ont du être eux aussi bénis par St Germain
d’Auxerre. D’où l’épithète Fendigaid (bénis) employé à la fois pour Vortimer et
Cadeyrn. En fait, c’est comme si la
liste des Bretons figurant sur l’inscription comprenant le nom de Pasgen
correspondait aux baptisés par le Saint lui-même dans
Après
la défaite tragique de Vortigern face à son vieil ennemi Ambrosius, c’est selon
Nennius son fils Pasgen qui fut autorisé à gouverner le sous-royaume Powysien
de Buelt et le Gwerthrynion (du nom de Vortigern) grâce à la générosité
magnanime du nouveau Grand Roi. On relève de sa part une attitude similaire
envers le reste de la famille Vorteneu dans le Gwent, envers les descendants de
Brydw et dans le Powys lui-même. Cela montre de la bienveillance chez
Ambrosius, une attitude qui contraste fortement avec le règne précédent susceptible
d’engendrer une stabilité dans le pays avait bien besoin. Après tout, les fils
de Vortigern avaient guère apprécié la politique pro-saxonne de leur père et
selon Geoffrey de Monmouth, ils s’étaient même révoltés contre lui.
Ainsi,
comme le règne de Vortigern a été considéré dans l’histoire et la légende comme
le l’épreuve la plus désastreuse jamais endurée par le peuple britannique, ce
roi honni est malgré tout parvenu à laisser un héritage conséquent à ses fils.
Il les a si bien installés dans les riches royaumes du cœur de
[1] Le
nom gallois commun, Cadwaladr (Cad-gwaladr), par exemple, signifie “chef de
bataille ».
[2] Vorteneu l’épithète de Vortigern, W. Gwrtheneu (Gor-Teneu) signifie
“Très mince”
[3] Une collection de généalogies du 14ème siècle conserve au Jesus
College, Oxford.
[4] Morris, John (1973)
The Age of Arthur.
[5] Il est
dit dans un manuscrit de l’ "Historia Brittonum" conservé à Cambridge
qu’un ancien camp romain situé à Old Carlisle, juste au sud de of Wigton, a été
refortifié par Vortigern et appelé Guasmoic (E. Palme-Castre).
[6] Wirtgenesburg près de Bradford-upon-Avon est mentionné au début du
12ème siècle par l’historien William of
Malmesbury.
[7] Gwent, naturellement, tire son nom de la vieille cité romano
britannique de Caer-Guent (E. Caerwent/L. Venta Silurum).
[8] Severa était la fille de l’empereur Magnus Maximus (W. Macsen Wledig).
[9] Lla mere de Severa
était Elen Luyddog, the fille d’Eudaf Hen. Eudaf était
étroitement associé avec Ewyias dans le Gwent
septentrional et ses ancêtres légendaires (parmi lesquels le dieu Celte devenu
mortel, Bran Fendigaid) étaient les rois présumés de Silures une tribu de
Bretons dont la capitale s’appelait Venta Silurum (E. Caerwent/W. Caer-Guent).
[10] Le Jesus College MS 20 l’appelle Gloyw Gwalltir ce qui signifie
“Gloyw le Chevelu”
[11] Vortiporius , roi ou “Protecteur " du Dyfed au début du 6ème
siècle.
[12] Selon Geoffrey of
Monmouth dans l’Historia Regum Britanniæ (c.1139).
[13] Suivant
[14] Il s’agit de l’identification la plus proche si l’on se réfère à
Nennius "le port d’où (Les Anglais) étaient partis”,
[15] selon Geoffrey of Monmouth dans l’Historia Regum Britanniæ (c.1139). The
Historia Brittonum (c.830) parle de Lincoln (W. Caer-Lind-Coln).
[16] Une
collection de genealogies royales de la fin du 10ème de la collection Harleian
à
[18] Voir le Early British
Kingdoms' Pedigree of the Kings
of Glywysing & Gwent, Ergyng & Dyfed à http://www.britannia.com/history/ebk/gene/anwnped.html.
[19] Eliseg's
Pillar est la base d’une croix monumentale érigée au début du 8ème siècle par
le roi Elisedd (ou Eliseg) de Powys par son arrière petit fils le roi Cyngen. Elle
se trouve à Llantysilio-yn-Ial, près de Llangollen, mais l’inscription n’est
plus lisible. Une grande partie était encore déchiffrable en 1696 lorsqu’elle
fut étudiée par l’antiquaire Edward Llwyd.
[20]
Le
dernier Prince def Powys Fadog, decendant direct de Vortigern, Gryffydd Maelor
II, mourut en 1269. (son arrière arrière arrière petit fils fut le dernier
prince du Pays de Galles indépendant, Owain Glyndwr.)
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